|
|
ALBERT TOIKEUSSE MABRI, La Côte d´Ivoire à l´heure de l´espoir.
A 46 ans, le leader du parti de l´Union pour la démocratie
et pour la paix en Côte d´Ivoire
a mis la barre très
haut et se présente à l´élection
présidentielle. Ce challenger connaît ses
potentialités et les enjeux du scrutin, et souhaite avant tout
apporter sa pierre à l´édifice. Une entreprise
titanesque après la guerre civile qu´a connue le pays mais
une formalité pour ce bourreau de travail. |
Dans la série américaine URGENCES, le docteur Albert Toikeusse MABRI, alias ATM,
aurait certainement endossé le rôle joué par
Georges CLOONEY, Grand, rassurant, patient, un séduisant qui ne
la ramène pas.
Bref le genre médecin à qui l´on confie son bras
pour une intraveineuse sans risquer de tomber évanouie. Un ange
quoi, mais sous des dehors placides se dissimule une
personnalité forte, brillante et déterminée.
Docteur d´état en médecine, ancien de la Washington
University, et de la Kumamoto University au Japon, spécialiste
en santé publique, Albert Toikeusse Mabri est tombé dans
la politique à l´adolescence et tout étudiant
qu´il était à l´université
d´Abidjan, il brillait autant dans les amphithéâtres
que sur le pavé. En effet, le jeune étudiant au verbe
haut a été Président du mouvement des
étudiants et élèves de Côte d`Ivoire de la
section Fac de médecine.
Alors qu´il s´acharne à combattre les
microbes, le virus de la politique s´empare de lui, s´y
installe définitivement. Inoculé, il tient bon,
mène de front militantisme et études, réussit fort
bien dans les deux domaines. Son diplôme obtenu haut la main, lui
qui vise l´excellence en permanence, cumule certificats et
formation. On le retrouve à Washington, même au FBI
où il suit des séminaires sur la santé et
environnement, de prévention et gestion de crise. Puis
c´est le Japon, le Mali au centre de recherche sur
l´Energie solaire. Le pays ne pouvant passer outre sur de telles
compétences, Albert Mabri, alors député á
l´assemblée nationale depuis 2000, est nommé
ministre d´Etat, puis ministre de la santé et de la
population.
Aujourd´hui ministre des transports, il va confiant
s´essayer à l´élection présidentielle
prévue pour fin Novembre 2008.
|


Télécharger le fichier PDF
|
BRUNE: Vous êtes médecin et êtes passé à la politique? Pourquoi?
Albert Mabri Toikeusse: Toute personne qui ressent le
désir peut faire de la politique. Le médecin est un homme
de société qui a l´avantage de pratiquer un
métier le mettant au contact d´autres hommes dont il
devient le plus souvent l´ami, le confident, l´espoir. Le
médecin est de nature sensible à la cause humaine. Or la
politique est l´art de servir les hommes, la cité, la
communauté.
En plus de servir l´homme en ma qualité de médecin,
j´ai ressenti le besoin de servir mes concitoyens, mon pays et la
communauté internationale.
Je pense en avoir les capacités et j´ai quelques
idées pour le bien-être des populations cibles. Je
rappelle que la Côte d´Ivoire vit actuellement et
exclusivement des acquis de la politique de son premier
président , le père de son indépendance,
Félix HOUPHOUET-BOIGNY qui était médecin.
BRUNE:Le contact avec les patients ne vous manque t´il pas?
Albert Mabri Toikeusse: Pas vraiment. Les patients sont les
mêmes personnes que je sers dans la politique et ici, j´ai
la possibilité d´influencer les décisions
susceptibles d´affecter positivement ou négativement, leur
santé. D´ailleurs, je suis médecin de santé
publique et ma spécialité me met au niveau de la
conception des politiques et stratégies en matière de
santé ainsi que leurs mises en oeuvre, suivis et
évaluations. la politique est plutôt une
opportunité pour servir les patients que je rencontre
d´ailleurs en grand nombre et sur la santé desquels
l´impact de mon action est ici plutôt macro que micro.
BRUNE: La politique est-elle pour vous une addiction ou un devoir?
Albert Mabri Toikeusse: Beaucoup plus un devoir qu´une
addiction. C´est vrai que la passion, éclairée en
ce qui me concerne, finit par s´installer. Je veux dire que
j´ai senti le besoin, voire la nécessité de
m´y mettre et cela depuis mon jeune âge. Peut être
sous" la pression" de personnes qui voyaient en moi quelques aptitudes
et des attitudes clés, mais beaucoup plus dans la volonté
de contribuer à des changements qualitatifs. Nous ne pouvons pas
raisonnablement vivre ce que nous vivons et ne pas être
traversés par cette envie de dire notre mot. J´aurais agi
autrement qu´un sentiment de culpabilité, de non
assistance d´égoïsme et de fuite de
responsabilités m´aurait habité tout le temps. et
je déteste ca. J´ai un devoir vis-à-vis de mes
semblables et de Dieu. J´y fais face avec détermination et
espoir.
BRUNE: Pourquoi êtes-vous candidat? Quels sont les mots d´ordre de votre campagne?
Albert Mabri Toikeusse: Je suis candidat par devoir, de la
même manière que je suis venu à la politique. Je
suis candidat parce que le devoir m´appelle aujourd´hui
à m´engager pour la paix et le développement de mon
pays. Notre hymne national lance cette invitation: " Fiers ivoiriens,
le pays nous appelle. Si nous avons, dans la paix, ramené la
liberté, notre devoir sera d´être un modèle
de l´espérance promise à l´humanité".
La Côte d´Ivoire a donc fait ce noble pari.
je m´interroge, au regard de notre situation actuelle et des
déboires d´un passé récent. Sommes-nous
aujourd’hui un modèle de l´espérance promise
à l´humanité? Il me semble que
l´espérance pour nos propres nationaux risque
d´être compromise, si nous n´agissons pas rapidement
et efficacement en faveur de la nation ivoirienne qu´il faut
bâtir pour les générations présentes et
futures, dans le rassemblement, la solidarité, la justice et
l´équité.
BRUNE: Comment définissez-vous votre slogan de campagne, "La source de l´espoir"?
Albert Mabri Toikeusse: Notre système scolaire
n´est plus celui qui était une référence en
Afrique. La situation sanitaire est difficile, la
précarité gagne de plus en plus d´ivoiriens. Notre
environnement se dégrade, l´unité nationale est
sérieusement entamée et bien d´autres périls
nous menacent sans que nous ne soyons capables de dissiper les
incertitudes qui s´emparent des Ivoiriens. Le pays et ses
habitants doutent de nos capacités à affronter dans la
sérénité ce sombre tableau.
Il s´impose à nous de redonner de l´espoir à
tous. J´en éprouve la plus grande détermination.
Dans les échecs d´hier et d´aujourd´hui, face
au désespoir persistant, je suis la "Source de l´espoir
pour la Côte d´Ivoire" ses habitants, ses ami (es) et la
sous région.
BRUNE: Si Vous êtes élu, comment comptez vous faire régner l´harmonie encore précaire dans le pays?
Albert Mabri Toikeusse: Travailler au renforcement de la
cohésion nationale et bâtir la nation ivoirienne. Le
président Houphouët-Boigny, qui pratiquait le social sans
être socialiste, nous rappelait la nécessité de
construire l´unité nationale.
Pour lui, nous étions un Etat dont les dirigeants devaient agir
quotidiennement pour le renforcement du sentiment national et une
expression plus affirmée et plus affichée de la
fraternité ivoirienne. La nation était un objectif
à atteindre pour servir d´instrument au
développement du pays.
Il n´y est pas parvenu totalement. Pire, la situation s´est
détériorée après lui. C´est heureux
de constater que tous les politiques ivoiriens sans exclusif affirment
être des houphouëtistes. Mais ont-ils encore à
l´esprit le vrai sens de l´houphouëtisme? En reprenant
le flambeau après cette crise sans précédent, je
m´engage à agir pour la nation ivoirienne, pour sa
cohésion et pour un développement équitable
d´où la notion de libéralisme social, fondement de
notre programme économique et social.
BRUNE: A l´instar de
l´Afrique du sud, faut-il imposer une conférence
Vérité et réconciliation en Côte
d´Ivoire, où beaucoup d´exactions ont
été passées sous silence?
Albert Mabri Toikeusse: Ce modèle n´est pas le seul
instrument pertinent pour aboutir au pardon et au rassemblement des
citoyens. Nous avons connu, avant la guerre, l´expérience
d´un forum de réconciliation nationale qui avait
donné quelque espoir. Etait-ce un outil inadapté? Est-ce
la suite donnée à ses conclusions qui ont fait du forum
un instrument sans impact? Je n´ai pas de réponse. Ce qui
est évident, c´est la nécessité de
solidifier notre cohésion, de créer un véritable
sentiment d´attachement à une nation qu´il faut
construire et de faire de la Côte d´Ivoire " le pays de la
vraie fraternité" (notre hymne national). C´est ma
conviction, et j´y travaillerai dans la grâce de Dieu.
BRUNE: Cette guerre civile etait-elle previsible?
Albert Mabri Toikeusse: Notre unité était mise
à l´épreuve, la cohésion sérieusement
entamée et le mécontentement général
perceptible.
De là à conclure que la menace imminente était un
conflit armé, peu d´ivoiriens l´auraient crue.
Personne en Côte d´Ivoire ne pensais que nous aussi, nous
pouvions connaître la guerre civile. Etait-ce vraiemnt
l´objectif de ceux qui ont pris les armes? Il n´y a
qu´eux pour répondre à cette question.
BRUNE: Peut-elle recommencer?
Albert Mabri Toikeusse: Je prie Dieu que nous ne connaissions
plus une telle crise. Elle a laissé des sequelles graves dont la
gestion nous occupera encore longtemps autant qu´elles
affecteront notre progression. Nous devons tout mettre en oeuvre pour
l´éloigner définitivement de notre pays et de
l´Afrique. Il ne suffit pas de sortir de crise, mais il faut en
sortir dans des conditions qui garantissent la paix durable
avec des idées et avec des hommes qui en portent le germe.
Si les prochains choix de dirigeants ne tiennent pas compte de
cette réalité, il faut prier le seigneur pour veiller sur
nous.
BRUNE: Quel rôle
allez-vous donner aux femmes dans votre campagne et á quels
postes pourraient-elles prétendre dans votre futur bgouvernement?
Albert Mabri Toikeusse: Les femmes, les nôtres en
particulier, sont capables d´apporter plus que les hommes. Elles
constituent aujourd´hui le socle sur lequel reposent la plupart
des foyers et une grande partie de la communauté nationale. Si
l´etat leur accorde plus de place, de responsabilité et de
moyens, elles feront notre bonheur beaucoupplus que les hommes. Les
ivoiriennes peuvent servir à tous les niveaux et
l´exedmple du Libéria, notre voisin de l´ouest, nous
le rapelle. Elles seront avec moi à tous les niveaux de
l´action, daqns la conception comme dans l´application des
programmes pertinents de cohésion sociale et de
développement. S´il y a discrimination, elle doit
être en faveur de la femme comme ce sera le cas pour les couches
vulnérables.
BRUNE: Quelles
réflexions vous ont inspiré les recommandations
concernant la primauté de la prévention du sida lors de
la Conférence de Mexico?
Albert Mabri Toikeusse: En tant que médecin, mais surtout
en tant qu´ancien ministre de la santé, ayant conduit le
démarrage des activités du Fond mondial de lutte contre
le sida, la tuberculose et le paludisme dont j´ai
été le président du mécanisme national de
coordination, ayant mis en place tous les outils d´appui du
gouvernement américain, je comprends et partage cette approche.
En particulier dans les pays en développement comme la
Côte d´Ivoire, pays qui n´ont pas de moyens
financiers et qui ont besoin de protéger leurs ressources
humaines.
Le problème de la santé dans le monde en
développement, c´est surtout l´accessibilité
aux soins de qualité. Quand on n´a pas les moyens de
soigner, il vaut mieux faire la prévention, qui au demeurant est
moins chère que la prise en charge, qui d´ailleurs ne
permet pas encore de guérir du sida.
Par ailleurs, ce n´est que justice que de rendre accessibles les
ARV (anti rétroviraux, NDLR) aux maladies du continent africain.
BRUNE: Deux ans après l´affaire des déchets
toxiques d´Abidjan, la pollution reste un problème de
santé publique, a conclu un expert de l´Organisation des
Nations Unies. Qu´en pensez-vous?
Albert Mabri Toikeusse: Au nombre des problèmes actuels de
santé publique figurent en bonne place les pathologies
engendrées ou déclenchées par la qualité de
l´air que nous respirons, de l´eau que nous buvons ou que
nous utilisons pour d´autres besoins. Du sol qui sert à
bon nombre d´activités, l´agriculture en particulier.
la pollution a atteint un niveau record et est un véritable
problème de santé publique. La Côte d´Ivoire
souffrira encore longtemps de cette catastrophe dont les auteurs, des
criminels encore en liberté, doivent être tous
démasqués, jugés et punis, pour que nous
n´ayons pas honte de rendre compte aux générations
qui nous succèderont.
BRUNE: En 2000, la
communauté internationale a défini huit objectifs
à atteindre d´ici 2015 par les pays
défavorisés. Huit ans se sont écoulés et un
grand retard s´est accumulé. Que ferez-vous pour renverser
la vapeur?
Albert Mabri Toikeusse: Les Objectifs du millénaire pour
le développement sont des projets nobles qui concernent les
couches vulnérables de la société. Agir pour le
mieux-être des femmes et des enfants, très souvent
victimes innocentes de nos turpitudes, me semble être d´une
grande pertinence La volonté politique ne suffit pas toujours,
mais elle doit naître et se faire résistante. La devise de
la Maison d´Orange ne dit-elle pas à raison "qu´il
ne suffit pas d´espérer pour entreprendre ni de
réussir pour persévérer" car " L´eau qui
tombe goutte-à-goutte fini par percer le plus dur rocher" ajoute
le sage.
Le Président élu appliquera la discrimination positive
partout o|u elle s´impose et accordera à la santé
de la mère et de l´enfant une place prioritaire. La femme
sera encouragée et soutenue pour assumer des
responsabilités à tous les niveaux. Mais elle doit
s´y préparer.
BRUNE: Si vous êtes élu, quelle sera la première mesure que vous prendrez?
Albert Mabri Toikeusse: Toute mesure allant dans le sens de
rassembler le peuple d´une Côte d´Ivoire
divisée, déprimée, dévaluée, malade
et désorientée. Amener les ivoiriens à comprendre
la communauté de destin qui les lient afin que la
réconciliation nationale soit sincère et durable, capable
d´engendrer la cohésion et le sursaut national, et
conduire au recollage du pays. Les ivoiriens doivent s´accepter
entre eux et accepter l´étranger qui bâtit la nation
avec les nationaux. Les citoyens, l´armée nationale et les
gouvernants doivent partager une confiance réciproque et se
soutenir mutuellement. La forme de la mesure sera fonction des
circonstances.
BRUNE: Donnez-moi une Bonne raison de voter pour vous?
Albert Mabri Toikeusse: Je connais les ivoiriens et la
Côte d´Ivoire que j´ai appris à servir avec
passion, avec un sens élevé du partage et du respect de
la différence, sans haine, avec humilité et en ayant
à coeur l´intérêt national. Aussi, ai-je les
moyens d´impulser la renaissance de la Côte d´Ivoire,
nation souveraine et membre à part entière de la
communauté des nations, d´un monde plus humain et
solidaire. Voter
pour moi, c´est choisir la Côte d´Ivoire de la grande
fraternité et l´ouverture. Je suis le candidat de la paix
durable.
Interview réalisé par TONYA SHANG pour BRUNE, Magazine
|
|
|